Le dispositif de formation accompagné (DFA) suscite un intérêt croissant sur l'ensemble du territoire. Alors que la moitié des établissements du réseau de la Fagerh étudie les modalités de sa mise en place, ce programme est expérimenté depuis 2019 en Normandie.
Le DFA : descriptif et objectifs
En janvier 2019, le DFA (Dispositif de Formation Accompagnée), a été lancé en Normandie avec pour objectif de transformer l'offre afin de permettre un égal accès à la formation sur le territoire. Dans le cadre de ce programme, les stagiaires effectuent leur formation dans le milieu ordinaire tout en bénéficiant du soutien médico-social coordonné des ESRP afin de sécuriser leur parcours.
En fonction des besoins du stagiaire orienté par les MDPH/MDA, un coordinateur de l’ESRP/un référent DFA au sein de l’équipe ESRP veille à la mise en place des actions adaptées: évaluation des besoins en compensation, sensibilisation des professionnels de l’organisme de formation aux aménagements à mettre en place, intervention des équipes MPS de l’établissement…
Pour les personnes en situation de handicap, cette démarche rend accessible l’offre du droit commun, souvent plus proche de leur lieu de vie et plus variée en termes de niveaux et filières proposés. Le DFA rend ainsi la formation possible à ceux pour qui la distance géographique représentait un obstacle, sécurise le parcours et prévient les risques d’abandon.
2019 : un alignement des planètes sur la Normandie
Guilaine Poinsot, Directrice du Pôle Inclusions de LADAPT Normandie et Déléguée Régionale de la Fagerh rappelle l’intérêt de ce dispositif mais aussi les défis que ce programme novateur a impliqué en termes d’organisation des équipes et de collaboration entre les différents opérateurs. Pour son lancement, le programme a bénéficié d’une conjonction de facteurs favorables :
- Une compréhension approfondie des spécificités de la formation professionnelle par l'ARS à l’initiative de ce programme sur la région
- Le soutien de la région de Normandie
- Une collaboration efficace entre les deux associations gestionnaires de la région : Ladapt et L’Epnak, pour lesquels le DFA répondait à leur volonté de transformer rapidement leur organisation vers une approche plus inclusive et mobile.
Les défis de la mise en œuvre
Ladapt et l’Epnak ont développé de nombreux outils et actions de communication afin de faire connaître et d’expliquer l’intérêt du dispositif aux acteurs impliqués : MDPH/MDA mais aussi Pôle emploi, Cap emploi, Mission Locale, la Région Normandie, les organismes de formation…

Malgré ces efforts soutenus et une ambition de développement affirmée, le dispositif peine à se déployer. Entre 2019 et 2022, 134 personnes ont été accompagnées avec notification (mais ce chiffre ne valorise pas l’accompagnement réalisé en appui ponctuel - hors notification - qui croît de manière importante). Par ailleurs, les formations, essentiellement dans le secteur administratif, ne sont pas aussi diversifiées que l’ouverture attendue. Le cadre strict dans lequel devait se déployer le DFA a limité sa montée en puissance. En effet, à l’origine, seules les formations figurant dans le programme financé par la Région Normandie pouvaient intégrer le dispositif. Les équipes se confrontaient aussi à des problèmes récurrents de timing dans le processus d'accompagnement, notamment lorsque l'accord de la CDAPH était reçu après le début de la formation (plus d’un cas sur deux).
Des modalités assouplies
En réponse, la Région Normandie a élargi son approche en 2021, autorisant un accompagnement hors du programme de formation qu’elle finance. Par ailleurs, depuis septembre 2022, le DFA est ouvert à l’apprentissage.
LADAPT et l’EPNAK ont aussi pu mettre en place un suivi en file active qui donne la possibilité aux référents DFA d'accompagner les personnes avant même la notification officielle. Ce suivi, en amont de l’entrée en formation permet de mieux anticiper les besoins de compensation, de conseiller les personnes dans la construction de leur dossier et de sécuriser la suite du parcours. Par ailleurs, la mise en place d'un suivi en file active produit une représentation précise et exacte de l’activité du DFA. Ainsi la file active représente 373 personnes accompagnées sur l’année 2022.

Guilaine Poinsot souligne que cette possibilité donnée aux ESRP de mettre en œuvre des actions avant même l’orientation de la MDPH/MDA, dans le cadre de prévention des ruptures de parcours a été par la suite confortée et encouragée par le décret. A la sortie du DFA, ce mode de fonctionnement était encore très novateur et expérimental.
Perspectives pour les pionniers normands : la montée en puissance
Durant la phase initiale, le rôle des équipes de coordination a été décisif pour faire connaître le dispositif et convaincre de son intérêt les partenaires, parfois réticents. Progressivement, un rééquilibrage au profit des actions MPS se profile. Désormais, le dispositif est mieux identifié par les MDPH/MDA, le SPE et les équipes de référents dans les organismes de formations. Ces derniers sollicitent régulièrement l’expertise des équipes sur les questions d’adaptation des supports (notamment pour les troubles Dys), des conseils pour les troubles psys ou l’adaptation du temps de travail…
Le DFA continue son déploiement en introduisant de nouvelles modalités dans sa mise en œuvre, débutant avant ou après le début de la formation, avec un suivi par place ou par file active, accompagnant de nouveaux publics (notamment ceux en apprentissage). Pour Guilaine Poinsot, ce programme préfigure de nouvelles démarches de travail, plus inclusive, et flexibles : ambulatoire, hors notification, se basant sur une collaboration étroite avec différents acteurs. Il permet d’accompagner plus de personnes mais demande aussi un travail de coordination accru.
Par sa capacité à s'adapter, le DFA élargit progressivement son influence sur la formation en Normandie mais également au-delà puisque cette initiative inspire de nombreux établissements. Afin d’offrir un cadre de réflexion, d’échanges de bonnes pratiques, la Fagerh vient de constituer un groupe de travail dédié à la formation accompagnée piloté par Daniel Kuntz, vice-président de la fédération (daniel.kuntz [at] fagerh.fr).
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Chiffres clés
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Point de vue de stagiaire : Julie Pesnel
Après un parcours de plus de 8 ans en Esat, Julie Pesnel, âgée de 34 ans, aspirait à travailler dans le milieu ordinaire. Dans le but d'acquérir une qualification en tant qu'éducatrice sportive, elle a entrepris une formation d'un an pour obtenir le BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport), dispensé par l'Organisme de Formation QRM à Petit-Quevilly (76). Pour assurer une transition réussie, la MDPH a orienté à Julie vers le dispositif de formation accompagnée. Cela lui a permis d'être soutenue et suivie dans ce parcours par les équipes de l'Epnak Oissel.
Fagerh :
Julie, comment le dispositif de formation accompagné a-t-il contribué à la réussite de votre parcours professionnel ?
Julie Pesnel :
Ce programme a été un véritable soutien moral pour moi. Avec mes fragilités psychologiques et mes troubles, j'ai connu des moments de doute et j'ai dû faire quelques pauses pendant la formation. Mme Pitte de l'Epnak a joué un rôle clé. Elle venait régulièrement me voir à Évreux pour renforcer ma confiance en moi. Grâce à l'Epnak, j'ai aussi pu louer un appartement à Oissel (76), ce qui m'a évité des trajets épuisants.

La disponibilité de Mme Pitte et son écoute étaient remarquables. Elle était aussi toujours prête à communiquer avec les formateurs en cas de difficultés.
Fagerh :
Avez-vous eu besoin d'aménagements spéciaux pendant votre formation ?
Julie Pesnel :
Nous avons arrangé un temps supplémentaire pour les examens écrits, bien que je n'en ai finalement pas eu besoin. Mme Pitte a également rencontré mes formateurs de QRM pour discuter de mon parcours, ce qui les a aidés à comprendre et à s'adapter à mes besoins. C’était important car j’étais la seule personne de la formation en situation de handicap de la session.
Fagerh :
Le passage à un environnement « ordinaire » a-t-il été un défi pour vous ?
Julie Pesnel :
Absolument. Venant d'un Esat, mon objectif était de m'intégrer dans le droit commun. Il était très important pour moi de prouver à ceux qui n’ont pas cru en moi que c'était réalisable. Et j’ai réussi. Je travaille maintenant à temps partiel comme animatrice adjointe à l'école d'YMARE dans le 76, où je surveille la cantine et la garderie. Je suis toujours soutenue mais maintenant c’est avec l’emploi accompagné et un jobcoach de Ladapt.
Fagerh :
Quel conseil donneriez-vous à une personne en situation de handicap envisageant un programme comme le DFA ?
Julie Pesnel :
Croyez en vos rêves et acceptez l'aide. Le DFA agit comme une structure de soutien. Avec un bel accompagnement, tout est réalisable. Malgré les handicaps psychologiques ou les intellectuels, c’est possible de réussir.




